Les étiquettes sont pratiques pour ranger les disques. Les musiciens, eux, passent volontiers de l’une à l’autre : ils empruntent des airs, transforment des rythmes et font voyager les sons.
Le violon a plus d’une vie
On l’imagine volontiers au premier rang de l’orchestre ou dans les mains d’un grand soliste. Mais depuis des siècles, le violon accompagne aussi les danses et les fêtes. Pablo de Sarasate, Fritz Kreisler ou Henryk Wieniawski, trois grands violonistes et compositeurs des XIXᵉ et début du XXᵉ siècle, ont largement puisé dans les traditions populaires pour nourrir leur musique.
Béla Bartók, lui, va les chercher sur le terrain. Au début du XXᵉ siècle, il parcourt les villages de Hongrie, de Roumanie et d’autres régions d’Europe centrale et orientale avec son phonographe. Il enregistre sur des cylindres les chants et les mélodies qu’il entend, les étudie et en recueille des milliers. Rythmes, accents et sonorités imprègnent ensuite profondément sa propre musique.
L’accordéon sort de sa case
Son histoire est plus récente et son image longtemps liée au bal et aux musiques populaires. Pourtant, l’accordéon s’est aventuré bien au-delà. Le jazz, la création contemporaine et le répertoire classique lui ont ouvert de nouveaux horizons. Richard Galliano, notamment, a largement contribué à renouveler son image et à lui faire franchir les frontières entre musette, jazz et musique savante.
Des musiciens sans frontières
Les interprètes aussi aiment ces chemins de traverse. Stéphane Grappelli a fait swinguer le violon. Laurent Korcia aime passer du grand répertoire au tango ou au cinéma, tandis qu’Élodie Soulard explore aussi bien la musique classique que la création contemporaine.
Violon et accordéon ont ainsi un joli point commun : aucun des deux ne tient très longtemps dans la case qu’on lui assigne.
Piazzolla, Morricone : encore un pas de côté
Astor Piazzolla connaît le tango de l’intérieur, mais le mêle à Bach, au jazz et à la musique contemporaine. Son tango nuevo fait grincer quelques dents chez les puristes avant de conquérir les salles de concert.
Ennio Morricone, lui, fait tomber une autre barrière, celle du cinéma. Sifflements, voix, bruits, instruments inattendus : tout peut entrer dans sa musique. Et ses partitions ont depuis longtemps quitté l’écran pour mener leur propre vie.
