Pas besoin de savoir lire une partition ni même d’être familier des salles de concert : le début de sa Cinquième Symphonie fait partie de ces quelques mesures de musique classique que presque tout le monde a déjà entendues.
Et pourtant, en 2027, cela fera deux cents ans que Beethoven est mort.
Comment peut-on être aussi célèbre 200 ans plus tard ?
Il y a bien sûr les œuvres : neuf symphonies, trente-deux sonates pour piano, des concertos, des quatuors… Mais les chiffres n’expliquent pas tout.
Beethoven a laissé des musiques qui ont largement dépassé le monde classique. Les quatre notes de la Cinquième sont devenues presque une signature. La Lettre à Élise est connue de générations d’apprentis pianistes. Et la mélodie de l’Ode à la joie, dans sa Neuvième Symphonie, est aujourd’hui celle de l’hymne européen.
Difficile de disparaître tout à fait dans ces conditions.

Le compositeur qui n’entendait plus sa musique
Il y a aussi, derrière l’icône, une histoire humaine assez vertigineuse.
La surdité de Beethoven s’aggrave progressivement. À partir de 1818, ses interlocuteurs utilisent de plus en plus des carnets pour communiquer avec lui par écrit.
Cela ne l’empêche pas de composer.
Lors de la création de la Neuvième Symphonie à Vienne, en 1824, Beethoven est déjà profondément sourd. Une scène restée célèbre raconte que, tandis que le public l’acclame, la cantatrice Caroline Unger le fait se retourner vers la salle : il ne peut entendre les applaudissements, mais il peut les voir.
Cette Neuvième est aujourd’hui l’une des œuvres les plus célèbres au monde.
Beethoven, forcément tonitruant ?
Sa célébrité a aussi fabriqué une image : Beethoven serait l’homme des grands accords, des colères et des élans héroïques.
Il y a bien tout cela dans sa musique. Mais pas seulement.
Beethoven sait aussi être tendre, intime, presque murmuré. Certains mouvements lents de ses sonates sont bien loin du fameux « pom pom pom pooom » de la Cinquième.
Et c’est là que le rapprochement avec Chopin devient intéressant.
On attribue volontiers la puissance à Beethoven et la poésie à Chopin. Là encore, méfions-nous des étiquettes : Beethoven peut être d’une grande délicatesse, tandis que Chopin sait être fougueux, tendu et profondément dramatique.
Lorsque Beethoven meurt, le 26 mars 1827, Chopin a 17 ans. Les deux hommes ne se sont jamais rencontrés et Beethoven n’a jamais connu Chopin.
Deux siècles plus tard, les réunir dans un même récital permet de les entendre autrement : non pas seulement comme deux monuments de l’histoire de la musique, mais comme deux compositeurs aux univers très différents qui savent encore nous surprendre.
Deux cents ans après sa mort, Beethoven n’a décidément pas fini de se faire entendre.
